La page
Tourner la page et voir que la fin du chapitre approche, partagé entre l'envie de connaître la suite, et l'appréhension de voir la fin arriver trop vite. Gourmandise de lecture, avidité de vie, tentation de savoir, mélange de curiosité et de regrets.
Lorsque l'on ouvre un livre, il y a toujours cette petite angoisse de savoir quelle sera la qualité de ce que l'on va découvrir, savoir si la plume de l'auteur sera à notre goût, si cette passion dévorante sera assouvie par les écrits attendus. C'est une nouvelle histoire à chaque fois, une découverte, une sensation de vivre une nouvelle chose, de se sentir précipité par le livre, par la vie, par l'envie de savoir et de goûter à ces joies.
Mais bien vite arrive le moment, une fois quelques chapitres lus, où l'on sait que la bascule est proche, que la fin arrive, le suspense montant avec cette fin qui point. Quelle est donc ce besoin d'aller plus vite, de manger la vie, le livre si vite que l'on n'en garde que des souvenirs trop brefs, alors que si l'on avait pris le temps de goûter chaque moment, si lon avait pris notre temps et sû être à l'écoute de ce que l'on vivait, nous aurions moins d'amertume et de peur liées à l'avenir.
C'est tout le plaisir que nous offre un livre, la possibilité de recommencer sa lecture, de revivre différement des moments vécu trop vite. C'est par contre impossible dans le livre de la vie, il est impensable de relire, de revivre des moments forts, des passages oubliés, et de remonter les pages.
Alors vivons pleinement les instants présents, profitons de tout et de tous, sachons tourner la page quelle qu'elle soit, si dure soit la décision, si dur soit l'évènement à passer. Gardons souvenirs de tous ces petits rien qui font que nous sommes un tout, qui nous emplissent et nous font si riches de ce que l'on est, de ce que l'on vit.
Sachons pardonner, s'ouvrir à un regard neuf sur des choses passées avec humilité et simplicité, voir les choses, les actes, les paroles tels qu'ils sont simplement en acceptant qu'ils puissent être autres à l'avenir te les aborder en se disant que que cela arrive tel qu'on l'aurait souhaité.
Tourner la page, mais en gardant en mémoire ce qui nous a construit, ce qui fait le livre de la vie.
Le livre de la Vie est le livre suprême
Qu'on ne peut ni fermer ni rouvrir à son choix ;
Le passage adoré ne s'y lit pas deux fois
Et le feuillet fatal s'y tourne de lui-même ;
On voudrait revenir à la page où l'on aime,
Mais la page où l'on meurt est déjà sous nos doigts.
Lamartine