Ambiguïté
Il est des fois où l'on fait des choses dont on a envie, mais que l'on sait être ambivalentes, un peu entre deux eaux, comme sur une corde raide tendue, ou bien lorsque l'on marche au bord d'une falaise.
C'est qu'il vient de m'arriver, je me suis laissé tenter sans trop savoir où ça allait me mener, ni ce qui allait en ressortir et de quelle manière ça allait se passer. Mais des fois mieux vaut ne pas trop réfléchir, se lancer et se dire que de toutes façons on verra bien. Et c'est étonnant ce qu'il peut se passer, les sentiments que l'on peut avoir une fois chose faite. Cette balance entre deux états, celui du contentement d'avoir eu, et celui du regret que cela soit déjà passé. Comme si le bon était tout autant dans l'attente que dans l'acte, dans l'envie que dans l'avoir.
Hors là il ne s'agissait pas de matériel, simplement d'un appel que l'on remet à plus tard, que l'on décide de repousser sans trop savoir pourquoi ce qui motive ou démotive le fait de se lancer. Entre appréhension de ne pas avoir de réponse, peur d'avoir une réponse qui ne correspond pas aux attentes, fébrilité du ton, de la voix et de l'état d'esprit de l'autre. Cette retenue, cette brume qui nous entoure dans nos actes peut s'évaporer d'un coup ou encore s'épaissir de façon si dense que rien ne peut libérer notre esprit vagabond et lui donner cette profondeur de champs visuel qui sied tant aux penseurs du quotidien.
C'est ce qui peut arriver de pire, se sentir paralysé, gourd dans le coton de l'esprit, anesthésié de la pensée. Mais le meilleur peut aussi venir, faire disparaitre dans un souffle doux la notion même d'étouffement préssenti. Balayer d'un revers de parole des idées fausses, des projections d'images, des angoisses de rejet.
Ceci passé, vient l'approche de l'un et de l'autre toujours sur ses gardes, dans la retenue et la réserve dues à des incompréhensions. Riche de savoir, d'écoute, de parole, mais aussi vidé de conscience et d'échappatoire. Satisfait d'avoir osé, d'avoir franchi une limite auto imposée, mais déçu de savoir, de saisir ce que l'on refuse de comprendre, de vivre et d'être.
Basculé, bousculé entre deux, dans le flou de son être, de soi et de son avenir. Raisonné dans ses choix, avivé en soi. Flamboyant et mort comme une feuille d'automne, avec l'envie de voir à nouveau le printemps laisser place à l'hiver, puisant dans les ressources de la vie endormies durant des mois.
Heureux d'avoir osé, triste de savoir, apaisé de partager, réchauffé par le rai de lumière de l'échange.